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Gilles Latour. Photo fourni.

Gilles Latour, poète lauréat francophone d’Ottawa pour les années 2021–2022

By Jasmine van Schouwen on May 19, 2021

À tous les deux ans, VERSe Ottawa, un organisme sans but lucratif qui vise à soutenir et promouvoir toutes les formes et styles de poésie dans la région de la capitale nationale, annonce la nomination de deux poètes lauréats d’Ottawa. Les lauréats, un anglophone et un francophone, sont nommés pour un mandat de deux ans avec la mission d’agir en qualité d’ambassadeurs artistiques d’Ottawa, de promouvoir les arts littéraires, et de faire entendre la voix unique d’Ottawa de par le monde. En plus d’honoraires annuels de 5 000 $, chaque poète lauréat dispose d’un budget additionnel de 5 000 $ pour financer divers événements et programmes liés à la poésie.

VERSe Ottawa a récemment annoncé les deux poètes lauréats pour les années 2021-2022 : Gilles Latour, poète lauréat francophone et Albert Dumont, poète lauréat anglophone.

Les lauréats ont pris le temps de discuter avec Apt613 pour partager leurs histoires, leurs rêves, et leurs ambitions pour les deux années à venir. Vous pouvez lire notre profil du lauréat anglophone Albert Dumont ici.

Gilles Latour. Photo fourni par le poète.

Gilles Dumont : Poète par et pour la vie

Natif de Cornwall, Gilles Latour a reçu sa formation universitaire à Paris et Montréal. Cependant, le poète a passé la plus grande partie de sa vie à Ottawa, où il a mené une carrière en développement international, et servi Les Éditions L’Interligne en tant qu’éditeur de la collection poésie. Ses poèmes ont paru dans un grand nombre d’anthologies et de revues, et il a publié cinq recueils, qui lui ont valu d’être finaliste au Prix Littéraire Trillium, au Prix littéraire Le Droit et au Prix du livre d’Ottawa.

Les poèmes de Gilles Latour explorent la vie et le monde avec audace. Sa plume décortique aisément les sujets complexes et émotifs, que ce soit la nature de l’univers, le hasard de l’existence, ou l’appréhension vis-à-vis la dégradation environnementale. Cependant, Latour insiste que l’exploration d’un sujet particulier ne motive jamais sa création artistique : « À travers la poésie, j’essaie de saisir peut-être des aspects du monde et de ma relation au monde. Mais quand j’écris de la poésie je ne pars pas avec l’idée d’un sujet ».

Ce qui le passionne surtout, c’est le dialogue entre le poète et son lecteur, cette dialectique qui permet de créer et de recréer les œuvres, pour leur donner toujours un sens nouveau. « La poésie va stimuler tout un processus d’interprétation, de réaction […] que le poète ne contrôle plus », explique-t-il. « On produit un objet de mots, on lui donne une forme, et on s’attend que cette forme-là va produire un sens, mais on ne contrôle pas ce que ce sens va devenir dans l’esprit et dans la sensibilité des personnes qui consommeront cet objet d’art qu’est un poème ». Pour Latour, la particularité de la poésie, c’est de donner une palette très large d’impressions, d’images et de possibilités de sens à son public. Ainsi, le poète dit toujours être étonné, quand il lui arrive de parler à ses lecteurs. Ces derniers voient dans ses poèmes des choses qui lui sont souvent inattendues. « Moi-même, si je prends un de mes livres que je n’ai pas relu depuis plusieurs années, ça m’étonne toujours, je découvre des choses. C’est moi qui les ai créés, mais pourtant je redécouvre. Je deviens mon lecteur ».

La romance de Gilles Latour avec les mots remonte à son enfance. Pré-adolescent, il dit avoir été passionné par les bandes dessinées, ou « comics » du style de Marvel. Il trouvait, dans ces pages colorées, une fascination pour les êtres surhumains qui ressemble, selon lui à celle que l’on retrouve dans la mythologie gréco-romaine à laquelle il fait souvent référence aujourd’hui dans ces poèmes. « Ça nourrit l’imagination et ça nous donne un reflet de ce que nous sommes, mais dans des proportions épiques ».

La passion de Latour pour les comics a cependant rencontré une fin violente. « J’avais une collection impressionnante, je dépensais beaucoup de mon argent de poche là-dessus et je passais beaucoup de temps là-dedans. Ça commençait à énerver ma mère. Un jour que ma mère brûlait des feuilles dans notre cour, elle a décidé que s’en était fini des comic books, et elle a pris mes comic books et elle a jeté ça sur le feu ».

Sur le coup, cet autodafé l’a déchiré. Latour dit avoir refusé le premier livre que sa mère lui avait mis entre les mains pour remplacer ses précieux comics: le roman Pieds nus dans l’aube de Félix Leclerc. Cette rancœur n’a pas duré longtemps. Habitué de stimuler son imagination avec les comics, après quelques jours il s’est résigné à ouvrir le livre. « Ça a été presque un coup de foudre », explique-t-il. « J’ai découvert qu’avec des mots on pouvait susciter des images qui étaient aussi ou même plus prenantes, plus envahissantes que ce que nous offraient les comic books ».

Latour aimerait faire ressentir ce même coup de foudre au public Ottavien à travers son mandat de Lauréat VERSe. « Je voudrais […] consulter des gens autour de moi, et pas seulement des poètes, pour voir qu’est-ce qui pourrait vraiment rejoindre des gens au-delà de la poignée de gens que ça intéresse déjà ». Il explore actuellement plusieurs projets interdisciplinaires, ayant comme but d’élargie le public de la poésie, tout en faisant la promotion d’artistes de toutes disciplines de la région. Très simplement, il désire contribuer à un enthousiasme pour le domaine de la création littéraire et poétique, comme étant une ressource disponible à tout le monde, comme une partie importante de ce qui nous permet de nous réaliser.

Au final, Gilles Latour rêve grand, et reste ouvert à toutes les possibilités. « J’ai toujours des idées assez grandioses […]. On verra ce qui sera possible. Il ne faut pas que la grandeur de nos rêves nous empêche de les réaliser ».