Skip To Content

Un livre pour les enfants à lire par les adultes

By Sous-Soll 819 on May 8, 2017

Par Emmanuel Goffi

La littérature enfantine est trop souvent ignorée par le monde des adultes hors du cercle des enseignants. Pourtant, il n’est pas rare d’y découvrir quelques pépites qui valent bien qu’on s’y arrête un instant.

Loin de n’être que pour les enfants, certains ouvrages qui leurs sont pourtant destinés contiennent matière à réflexion tant pour les grands que pour les petits.

Diya Lim_crédit Stephen Lim

Diya Lim, auteure du livre La petite fille qui ne rêvait jamais. Photo : Stephen Lim

En signant La petite fille qui ne rêvait jamais, Diya Lim prouve à a fois que la lecture reste un élément fondamental de l’apprentissage, mais également qu’une histoire simple à première vue, peut aussi cacher une invitation à une réflexion approfondie sur la relation entre savoir et imagination.

Une histoire simple

Paru le 19 avril dernier, le livre raconte l’histoire d’une petite fille particulièrement érudite, mais dépourvue d’imagination. Entourée d’ouvrages, elle a accumulé une connaissance encyclopédique. Pour autant, ayant terminé de lire tous ses livres et cherchant une occupation, il s’avère que ce savoir ne lui ouvre pas les portes de la créativité. Apparait alors une petite souris à lunettes rondes qui va faire prendre conscience à la petite fille de sa capacité à imaginer, à inventer.

C’est donc entre le savoir, représenté par les livres, et l’imagination, que symbolise la souris, que le lien se crée. On se heurte ici au délicat débat entre une vision de l’enseignement entendu comme pourvoyeur de connaissances ou comme incubateur d’imagination. Comme le souligne Diya Lim elle-même, les deux sont indissociables et doivent se compléter.

Si l’école est indiscutablement le creuset de la formation intellectuelle, l’auteure rappelle néanmoins l’importance des parents et de l’apprentissage par la pratique qui viennent compléter et renforcer l’acquisition de connaissances scolaires.

Mais ce livre écrit, certes écrit avec des mots simples, à une seconde dimension bien plus complexe qui invite à la réflexion sur notre rapport au savoir et aux livres, sur notre capacité à créer sur la base de connaissances acquises par l’apprentissage académique. Il invite surtout les plus petits à prendre le temps de rêver, de s’évader, d’imaginer, à trouver leur propre petite « souris aux lunettes rondes ».

Ce joli texte est par ailleurs merveilleusement mis en valeur par les très belles illustrations de Ninon Pelletier.

« Vous qui lisez ce livre, si un jour vous apercevez une souris aux lunettes rondes, ne la chassez pas. Car elle cache une clé magique qui ouvre les portes de l’imagination. »

Diya Lim : des sciences de la gestion à la littérature pour enfant

Le parcours de l’auteure, Diya Lim, est en lui-même une histoire qui pourrait être racontée aux enfants pour prouver qu’il n’y pas de déterminisme qui fixe l’existence, et que chacun peut, au gré de ses envies, de ses rencontres et des opportunités, réorienter sa vie. Née à l’île Maurice, Diya Lim a fait des études en France, à Orléans plus exactement, pour y obtenir une maîtrise en sciences de gestion. Passionnée par la publicité, elle fait ses premières armes en rédigeant des textes publicitaires. Etablie à Toronto, et forte de son autre passion pour la langue française, elle est employée par la Direction des communications du ministère de l’Éducation de l’Ontario pour laquelle elle assure la révision de texte institutionnels.

C’est après plusieurs années qu’elle décide de se lancer dans l’aventure de la rédaction pour faire partager aux plus jeunes son intérêt pour la langue de Molière mais également pour la cuisine, sujet qui irrigue la série Amandine (disponible en pdf sur son site). Femme de passions et de convictions, Diya Lim, va à la rencontre de ses jeunes lecteurs qui l’inspirent et renforcent sa conviction de l’importance de l’imagination et de la créativité dans le développement intellectuel des enfants.

Mais son inspiration lui vient également de ses deux filles dont l’appétence de l’une d’elle pour l’art culinaire l’amènera à l’intégrer dans ses écrits.

Auteure de dix ouvrages, Diay Lim, s’aventure dans divers univers mais en gardant toujours une part d’onirisme qui ne peut qu’enchanter ses lecteurs. Récompensée par le prix littéraire Henriette-Major pour Amandine adore la cuisine en 2011, finaliste du Prix du livre d’enfant Trillium 2015 pour son livre Larouspiol, cette auteure prolixe jongle avec les mots et les idées pour le plus grand bonheur de tous. Portant une grande attention aux questions d’éducation elle propose même sur son site Internet une excellente fiche pédagogique utilisant l’un de ses ouvrages, L’arbre qui voulait être entendu, livre abordant la question du rapport de l’homme à la nature, du hêtre à l’être.

Des sciences de gestion à la littérature jeunesse en passant par la révision de textes pédagogiques, le parcours de l’auteure est une histoire de destin nous dit-elle. Joli destin en tout cas qui permet à Diya Lim de partager son amour pour les mots, pour l’éducation, pour l’imagination, mais, sans aucun doute, avant tout pour les enfants.

Un joli livre donc, à offrir et à lire, aux enfants et aux adultes. Une réflexion à méditer sur la relation complexe entre savoir et imagination, sur le rôle de la lecture qui fournit des connaissances, éveille la curiosité et mobilise l’imaginaire.


Diya Lim. La petite fille qui ne rêvait jamais. Illustrations de Ninon Pelletier. Ottawa : Les Editions l’Interligne, collection Cavales, 4 à 6 ans. 2017. 35 pages. 15,95 $

Retrouvez notre entretien avec Diya Lim via l’émission du 3 mai dernier de Sous-sol 819.