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Devant l’oeuvre “Garifuna del mar” avec des jeunes de la communauté de Puerto Barrios, Guatemala.

Projet 12-12-12 : L’audacieux voyage d’une artiste muraliste en Amérique latine

By Sous-Soll 819 on July 9, 2017

Par Cindy Savard

En décembre dernier, nous vous présentions le périple organisé par Maria-Rosa Szychowska, une artiste muraliste originaire de l’Outaouais et engagée dans une impressionnante course autour du monde afin de réaliser 12 murales dans 12 pays en 12 mois.

Ayant pris son envol le 30 décembre dernier, Maria-Rosa Szychowska est maintenant à mi-chemin de son aventure en Amérique latine, elle a parcouru le Mexique, le Belize, le Guatemala, le Salvador et la voilà maintenant prête à réaliser une autre murale au Honduras. Chacune des destinations choisies implique une bonne dose d’organisation et de démarchage afin de rencontrer les personnes-clés et établir des liens avec des ONG locales qui l’aideront à cibler les causes, sources d’inspiration pour la réalisation de murales visant à communiquer un message pertinent dans les communautés.

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En plein travail à Mitla, Oaxaca au Mexique. Concours de graffiti local (premier concours de graffiti à l’international auquel a participé Maria-Rosa).

Six mois après son départ, nous brûlions d’envie de savoir comment se déroulait ce périple et quelles réflexions et apprentissages ressortaient de cette aventure. Mari-Rosa nous a confié quelques minutes de son temps afin d’assouvir notre curiosité et répondre aux questions qui nous tenaillaient l’intérieur ! Authentique et généreuse, ses propos en disent long sur l’étendue des retombées du projet tant au plan personnel que pour les communautés qui en bénéficient.

Défi no 1 : Un mois par pays c’est trop peu !

Maria-Rosa – « Ce que je trouve le plus difficile c’est de rester seulement un mois par pays. Mais j’ai réglé le problème puisque je reste toujours un peu plus qu’un mois. C’est qu’il y a tellement à découvrir dans chaque endroit que je visite et des opportunités artistiques se présentent constamment. Une autre difficulté c’est de quitter ces pays ; je m’attache beaucoup aux gens, et de partir ainsi crée des deuils constants, c’est parfois lourd émotionnellement. »

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Oeuvre réalisée pour l’ONG ConstruCasa dont la mission est de construire et d’offrir gratuitement des maisons pour des familles vivant dans l’extrême pauvreté. San pedro de las huertas, Guatemala

Défi no 2 : L’accès au matériel de création

Maria-Rosa – « Côté technique j’ai eu aussi de la difficulté par moment à trouver du matériel, en particulier au Belize, où la culture du graffiti est très peu développée. J’ai donc fait un aller-retour de douze heures de Sarteneja (Belize) jusqu’à Cancun (Mexique) pour aller chercher les canettes de peinture ! »

Est-ce facile de s’intégrer dans les communautés choisies ?

Maria-Rosa – « Sincèrement, je n’aurais pas pu demander mieux ! En fait, le meilleur accueil que j’ai eu c’est dans les endroits considérés comme étant les plus dangereux. D’abord à Iguala, au Mexique ; ville tristement connue pour l’enlèvement des 43 étudiants en 2014 et aussi pour sa position stratégique pour le trafic de stupéfiants. Avant de commencer mon projet, j’avais postulé pour obtenir une bourse gouvernementale visant à aider les jeunes québécois à réaliser des projets à l’étranger. J’ai passé à deux doigts d’avoir la bourse, mais je ne l’ai pas eue parce que j’allais justement faire mon projet dans cette ville du Mexique, considérée trop dangereuse par notre pays. Pendant une fraction de seconde, j’ai hésité, me disant qu’il serait peut-être mieux de choisir une ville plus sécuritaire pour commencer 12-12-12. Mais je me suis reprise en me disant que non, c’est justement des endroits comme ça qui ont besoin d’attirer l’intérêt des étrangers. Je ne m’étais pas trompée ; ils ont adoré la murale que j’ai réalisée sur le thème de l’enlèvement des 43 étudiants. Ils m’ont traitée comme une membre de leur famille et plusieurs jeunes m’ont rendu visite pendant que je créais. »

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Oeuvre réalisée pour le centre culturel de Iguala ayant comme mission de rendre hommage aux 43 étudiants disparus. Iguala, Mexique.

Des coups de cœur ?

Maria-Rosa – « Ça c’est la question la plus difficile. »

L’itinéraire emprunté par Maria-Rosa était voué à être parsemé d’aventures et de souvenirs indélébiles. Voici quelques-uns des moments les plus marquants vécus jusqu’à maintenant.

Le Mexique

Maria-Rosa – « Je suis tombée en amour avec le Mexique, le Salvador, j’ai adoré le Guatemala… Je viens juste d’arriver au Honduras et je sens que mon coeur commence à chavirer encore une fois. Au Salvador, ce que j’aime c’est l’énergie des gens pour y créer des projets ; il y a pleins de choses qui s’y passent ! Les gens en ont assez de la violence, ils veulent la paix et j’ai été agréablement surprise de voir combien il y a d’organismes qui travaillent à bâtir un avenir meilleur. »

Le Honduras

Maria-Rosa – « Le Honduras est intense ! La scène culturelle est en pleine effervescence et je suis honoré d’avoir eu la chance d’y créer des œuvres ! J’ai hâte d’explorer plus en profondeur ce pays. C’est certain qu’on vit beaucoup de tension dans ces pays, il y a beaucoup de problèmes politiques et de corruptions mais c’est si inspirant, de voir les jeunes créer, et vouloir faire des changements par eux-mêmes ! »

Le Belize

Maria-Rosa – « Au Belize, la culture du graffiti est extrêmement peu développée dans les grandes villes, donc encore moins dans les petits villages. Dans certains endroits cette forme d’art est encore malheureusement très mal perçue. J’ai eu l’opportunité de participer à un projet où, avec une artiste de l’Argentine, nous avons donné des ateliers artistiques dans un petit village de pêche dans le nord du Belize. J’y ai aussi créé une murale les jours précédents l’atelier. Un jeune est venu tous les jours pendant que je créais, m’amenant à chaque fois un dessin différent qu’il avait fait. Il ne parlait pas beaucoup mais le jour des ateliers, ils nous a confié à quel point ce jour était important pour lui car il allait enfin pouvoir créer dans son village sans se faire percevoir comme un vandale. Les dessins en questions qu’il produisaient avaient toujours un message positif visant la protection de l’environnement et celle d’animaux en voie d’extinction. C’est toujours impressionnant de voir un jeune adolescent si conscient de ce qui se passe dans le monde, et ce sont des petits moments comme ça qui me confirme que mon travail peut vraiment faire une différence dans la vie des autres. »

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Dessin de Wilfred Jezer Perez. Message : “protect the manatees” / “protégez les lamantins”

Anecdote : L’inspiration vient avec une odeur de poisson

Maria-Rosa – « Les conditions dans lesquelles je peins sont toujours super intéressantes et bien différentes de ce que je vis au Canada ! Par exemple, une des murales que j’ai peinte pour l’Institut du tourisme du Guatemala (INGUAT) était à Puerto Barrios, dans une ville où la pêche est très présente. Je réalisais mon oeuvre sur un mur d’un terrain de basket. Pendant que je peignais, des pêcheurs sont venus, pour installer des toiles sur le sol sur lequel ils ont étendu des milliers de sardines pour les faire sécher au soleil. J’ai donc passé la journée dans des arômes de peinture et de poisson (rires). L’oeuvre que j’ai peint représentais un homme de la mer, donc tout avait du sens ! Avec une chaleur de 41 degré Celsius à l’ombre, et avec la visite constante des jeunes du quartier, ces deux jours de créations ont été intenses à tellement de niveaux ! Pour cette même oeuvre, j’ai aussi reçu une plaque et un diplôme du maire de la ville. Il m’a expliqué que, comme Puerto Barrios est plutôt un endroit de passage entre deux villes touristiques, les touristes qui y passent laissent généralement que des déchets… Il tenait à me remercier d’y avoir laissé une de mes créations, qu’il a d’ailleurs beaucoup aimée. »

Une suite de périple pas triste dutout !

Après le Honduras, bien que Maria-Rosa comptait se diriger vers le Nicaragua, elle entrevoit maintenant la possibilité de modifier ses plans afin de se rendre illico en Amérique du Sud pour ensuite remonter vers le nord. Les pays convoités sont le Brésil, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Panama, le Costa Rica pour finalement terminer sa course au Nicaragua.

« Je savais que je me plairais à faire ce projet parce que c’est en fait un beau mélange de tous mes intérêts en même temps. Ce à quoi je ne m’attendais pas c’est que tout soit si fluide. Ce projet est en fait une structure générale que je peux adapter de différentes manières, sur différents continents. Ce que je changerais par contre c’est la durée du projet ; je resterai plutôt deux mois pas pays afin de bien profiter de chaque endroit et pour y créer des contacts plus solides. »

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Avec des artistes grafiteurs et musiciens de la ville de Tegucigalpa, Honduras.


Suivez l’aventure du Projet 12-12-12 via la page Facebook de Maria-Rosa Szychowska.

Et puisque le voyage implique aussi des découvertes musicales locales, voici deux recommandations de Maria-Rosa qui agrémenteront certainement votre vie dès aujourd’hui !

Madame Gruv (Honduras)

Armani La Gucci (Honduras)