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Napoléon et Paris : Quand l’ambition d’un homme fait le prestige d’une ville

By Sous-Soll 819 on October 19, 2016

Par Emmanuel Goffi

Disons-le tout de suite, l’exposition Napoléon et Paris présentée au Musée canadien de l’histoire est un incontournable pour tout passionné d’histoire.

L’exposition, réalisée conjointement par le musée Carnavalet et le Musée canadien de l’histoire, propose au visiteur à la fois une rétrospective de la vie de Napoléon et une perspective passionnante sur sa relation avec la capitale française.

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Celui qui sera général de brigade à 24 ans, puis Premier Consul à 30 ans et Empereur à 35 ans a indéniablement marqué l’histoire de France. Instigateur de la réorganisation administrative du pays et de la création du Corps préfectoral, de la Légion d’Honneur et des chambres de commerce, ou encore du Code civil, Napoléon a laissé à la France un héritage riche et toujours présent. Plus encore, il a été conquérant, explorateur, chef et génie militaire, victorieux et vaincus mais toujours proche de ses soldats, écrivain, passionné d’art et, on peut le dire sans porter ombrage à sa mémoire, quelque peu egocentrique comme le prouve le gigantesque et magnifique buste de bronze césarien présenté dans le cadre de l’exposition. Personnage ambivalent et ambitieux, il est indéniablement une figure remarquable non seulement de l’histoire française mais également de celle du continent européen, voire au-delà.

Pourtant, c’est spécifiquement à sa relation avec la Ville Lumière que le Musée canadien de l’histoire consacre son exposition. Rien de surprenant ici, puisque Napoléon voyait en Paris l’écrin de son pouvoir. Communicant avisé, conscient de l’importance de l’image comme facteur de puissance, il affirmait d’ailleurs que l’« on ne peut concevoir un pouvoir quelconque sans apparat ». C’est donc très logiquement qu’il s’attachera à faire de la capitale française le lieu de son assise politique et de son prestige. « Paris est au-dessus des autres villes de France. Je voulais que cette capitale écrasât par sa splendeur toutes celles de l’univers. J’ai tout fait et désiré tout faire pour Paris », disait-il.

C’est dans cette démesure que l’homme et la ville se sont donc tout naturellement liés. L’exposition montre notamment le travail extraordinaire, parfois inachevé ou non réalisé, en matière d’architecture mené sous l’autorité de Napoléon Bonaparte. Les réalisations sont nombreuses et ambitieuses pour extraire Paris de son aspect moyenâgeux et lui donner le lustre qui convient à une capitale mondiale à la hauteur de son hôte. Ponts, fontaines, quais, canaux, abattoirs, jardins, cimetières, monuments, sculptures, ou encore catacombes, sont autant d’éléments de l’héritage laissé par Napoléon, comme en témoignent les arcs de triomphe du Carrousel et de la place de l’Etoile, le cimetière du Père Lachaise, l’église de la Madeleine, la colonne Vendôme ou les ponts des Arts et d’Iéna. On regrettera d’ailleurs que cette section de l’exposition dédiée aux aménagements de la ville ne soit pas plus développée, mais on soulignera l’intérêt de l’excellente console interactive qui permet au visiteur de se rendre compte de l’empreinte napoléonienne sur l’architecture parisienne.

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Dès l’entrée une frise chronologique plonge le visiteur dans l’incroyable ascension de Bonaparte. De la Corse où il naît en août 1769 à son sacre en la cathédrale Notre Dame de Paris, puis à sa défaite à Waterloo qui marque la fin de la période des Cents jours, suivi de sa seconde abdication le 22 juin 1815 et à sa déportation sur l’île Sainte-Hélène, jusqu’à sa mort en mai 1821, Napoléon aura vécu à un rythme effréné passant, au final, bien plus de temps en campagne qu’à Paris.

Les nombreuses pièces présentées permettent ainsi de se plonger dans le roman de sa vie. Son portefeuille de Premier Consul, un de ses bicornes, le collier de grand maître de l’ordre de la Légion d’Honneur, le tambour de Waterloo ou encore une reproduction de son lit de camp sont à ce titre remarquables et émouvants. L’image projetée en taille réelle du Sacre de Napoléon, tableau peint par de Jacques-Louis David, illustre le faste du moment mais également la relation particulière de l’Empereur avec l’église. De la même manière, la mise en scène dès l’entrée du Portrait de Napoléon Ier (1769-1821), en uniforme de colonel des chasseurs à cheval de la Garde peint par Robert Lefèvre aux côtés du trône présent sur la toile illustre parfaitement le faste de l’époque et lie la virtualité de la représentation à la réalité du mobilier.

En bref, mobilier, costumes, sculptures, peintures et accessoires divers restituent sur cinq sections l’atmosphère de l’époque et mettent à jour le lien étroit et éternel tissé entre Napoléon et Paris. On déplorera parfois des lacunes en matière d’éclairage, dont le tricorne pâtit grandement ; des artefacts, à l’image des pièces de monnaies, dont le lien avec le sujet de l’exposition est quelque peu lâche, ou encore une organisation difficilement lisible, ni vraiment thématique ni chronologique, qui peut dérouter certains visiteurs. Enfin, au nombre des critiques on regrettera que certains aspects, dont l’architecture ou la réorganisation administrative, soient un peu faibles, pour ne pas dire atrophiés, au profit d’éléments moins nécessaires. Au final, il semble que l’exposition perde parfois de vue la thématique de la relation entre Napoléon et Paris et se perde dans une forme de remplissage.

Quelques critiques négatives donc, hautement subjectives par ailleurs, qui ne doivent pas assombrir la qualité globale de cette exposition qui nous fait entrer dans l’époque et parfois l’intimité d’un homme qui a marqué l’histoire et qui voulait faire de Paris la vitrine de son pouvoir, et, ce faisant, a contribué à en faire la Ville Lumière qu’elle est encore aujourd’hui.


Exposition spéciale Napoléon et Paris
Jusqu’au 8 janvier 2017 au Musée canadien de l’histoire (100, rue Laurier)