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Madame Adina : une enquête policière sur fond de communisme

By Sous-Sol 819 on November 17, 2017

Par Emmanuel Goffi

Il est des livres pour enfants qui n’ont pour seul but que de faire rêver. Il en est d’autres qui au-delà de leur vocation de loisir tentent d’inviter les jeunes lecteurs à la réflexion. Madame Adina, d’Alain Cavenne, est de ceux-là. Pourtant, si l’intention est bonne la réalisation souffre de quelques faiblesses.

Entre enquête policière …

Ce petit ouvrage d’une centaine de pages, raconte l’histoire mystérieuse de l’agression de Madame Adina Olagu, une veille dame originaire de Roumanie, diseuse de bonne aventure à ses heures. C’est après avoir vu une ambulance stationnée devant sa demeure que ses jeunes voisins Fannie et son frère Cyril, vont être embarqués dans une enquête qui leur fera découvrir cette dame étrange et entourée de mystère. En prenant soin des chats de Madame Adina et en aidant à remettre son appartement en ordre, les deux jeunes héros vont effet plonger dans le passé de cette voisine qu’ils côtoient sans la connaître. La découverte d’un album photo, de quelques lettres écrites dans une langue étrangère et une mystérieuse clé vont piquer la curiosité des deux enfants qui vont aider la police dans son enquête.

Mais, au-delà de l’intrigue policière, somme assez légère, les jeunes héros vont également être amenés à découvrir le communisme et son histoire.

… et réflexions sur le communisme

Diplômé en sociologie et en philosophie, Alain Cavenne essaie sans réel succès d’introduire son jeune lectorat aux affres du communisme. Si la démarche est louable, le style professoral et quelque peu superficiel questionne son intérêt. Le décalage entre l’histoire de l’enquête et le cours sur le communisme est frappant tant dans la manière d’écrire que dans le contraste entre les deux sujets.

L’auteur aurait ainsi pu faire grâce aux jeunes lecteurs des chapitres 14 et 15, trop longs et arides, sur le communisme. Si l’ambition d’Alain Cavenne de partager sa lecture du communisme est tout à fait légitime, il paraît étonnant de le faire au travers d’un roman pour enfant qui ne permet pas de traiter le sujet de manière nuancée et sérieuse. De fait, la démarche achoppe du fait de sa rédaction « intellectualisante » et décalée par rapport au reste du roman. La description du communisme, régime hautement condamnable s’il en est, mérite un autre écrin que celui d’un roman de cent pages pour les 9-15 ans. Cela étant dit, on ne peut que féliciter l’auteur d’avoir tenté d’aborder ce sujet complexe pour le mettre à la portée des plus jeunes. Si à mon sens l’exercice n’est pas totalement réussi, il faut garder à l’esprit que la lecture d’un adulte n’est pas celle d’un enfant.

On regrettera également que le propos verse quelque peu dans la caricature sur la Roumanie avec une Madame Adina « différente », diseuse de bonne aventure, portant des « jupes longues, hiver comme été, des colliers, des bracelets qui tintaient quand elle agitait les mains, des boucles d’oreilles rondes et des foulards » et un fichu sur la tête. Une description certes teintée d’exotisme, mais qui s’appuie sur une réduction de la Roumanie à sa composante roms. Là encore, la critique étant aisée et l’art Ô combien difficile, il faut reconnaitre à Alain Cavenne le mérite de souligner les a priori que nous avons tous et toutes l’égard de ces voisins et voisines que nous ne connaissons pas. A ce titre, Madame Adina peut être lu comme une invitation à s’intéresser aux anonymes qui nous entourent ou, au moins, à ne pas s’arrêter aux on-dits.

Au final, une enquête légère sur fond de longueurs inutiles sur le communisme, rend ce petit roman, au demeurant plaisant à lire, à la fois frustrant et aride. Pas sûr que les plus jeunes accrochent.

Si Alain Cavenne, par ailleurs scénariste et traducteur, n’en est pas à son premier ouvrage puisqu’il a déjà publié six romans, force est de constater qu’il lui reste du travail à faire s’il veut toucher un public de très jeunes. Il lui faudra trouver un style pour éviter le grand écart entre intrigue policière et cours magistrale de science politique.


Alain Cavenne. Madame Adina. Ottawa : Les Éditions l’Interligne, collection Cavales, 9 à 12 ans. 2017. 120 pages. 13,95