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Icônes du savoir : quand la culture fait pitié

By Sous-Soll 819 on April 26, 2017

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Par Emmanuel Goffi

Une fois n’est pas coutume, j’ai découvert un évènement culturel dont il faut admettre qu’il est assez déplorable. J’avais pris, je crois, la mauvaise habitude de découvrir tout un tas de choses passionnantes dans mes pérégrinations et par conséquent de supposer que tout ce qui touche à la culture dans la région d’Ottawa-Gatineau était de qualité.

Mal m’en a pris !

Pour la petite histoire …

Mais pour commencer quelques éléments de contexte.

Depuis quelques temps, à chaque fois que je passais sur Wellington en allant vers l’Ouest, mon œil était attiré par un bâtiment certes austère mais imposant, sur la droite. Plus que le bâtiment, deux grandes banderoles sombres placées de part et d’autre du perron de l’édifice retenaient systématiquement mon attention.

Ces deux immenses banderoles annonçaient fièrement la tenue d’une exposition intitulée « Icônes du savoir : Architecture et symbolisme des bibliothèques nationales ». Tout un programme ! Alléchant en tout cas. Après plusieurs passages, je me suis enfin résolu à aller chercher en ligne quelques éléments d’informations sur cette exposition qui a lieu depuis le 22 septembre 2016 et prendra fin le 5 mai 2017.

Une présentation alléchante

J’ai d’abord appris que l’édifice en question est celui de la Bibliothèque et Archives Canada (BAC). J’ai ensuite été happé par une présentation des plus tentante sur le site de la BAC qui proclamait : « L’exposition est l’œuvre des architectes Daniel V. Rauchwerger et Noam Dvir. Elle a été présentée pour la première fois à la Graduate School of Design de l’Université Harvard. Elle porte sur l’architecture des bibliothèques nationales et les liens fascinants qui les unissent à la culture et à l’histoire d’une nation ». Comment ne pas désirer de toute son âme voir cet évènement qui est passé par Harvard ?

Histoire d’appâter le chaland, le texte continue en informant le lecteur médusé que « l’exposition puise dans les collections historiques des bibliothèques et des bureaux d’architecture du monde entier », et qu’« on y découvre l’intérieur majestueux de style baroque de la Bibliothèque nationale d’Autriche, des chefs-d’œuvre de style néoclassique comme la Bibliothèque nationale d’Espagne, des édifices datant du boom de la construction postsoviétique, par exemple la Bibliothèque nationale de Biélorussie, et des projets ultramodernes récents en Arabie Saoudite et au Qatar ». J’étais conquis ! Il fallait que je voie cette merveille. Naïveté quand tu nous tiens ! J’aurai dû me douter que quelque chose clochait à la longueur de l’annonce qui tient sur à peine plus de 10 lignes, avec une banderole pas du tout représentative pour toute illustration. En règle générale une annonce aussi pauvre traduit soit la piètre qualité du service de communication soit la pauvreté de l’évènement (misère souvent cachée par un déluge sémantique).

Bref ! Il fallait que je voie, que je me rende compte, que je découvre cette exposition, ces « collections historiques des bibliothèques et des bureaux d’architecture du monde entier ». J’y suis donc allé, le cœur léger, l’envie de me cultiver rivée au corps, confiant dans l’immensité de connaissance dans laquelle allait me plonger cette exposition sur les Icônes du savoir

En fait, je pourrais m’arrêter là. Je devrais… C’est la partie la plus sympa de l’aventure.

Une exposition décevante

icones-savoir

Pour commencer on entre dans un bâtiment dont l’intérieur est à l’image de l’extérieur : froid et délavé. Pour avoir visité la Bibliothèque du Parlement je peux vous dire que je sais où je préférerais aller chercher un document… sans hésiter. Un grand hall donc grisâtre, relativement vide et… quelques plans sur la droite vers lesquels je me dirige. Des plans de bibliothèques nationales ! Bien, jusque-là pas de surprise. À côté, à droite, un texte dithyrambique sur la beauté de ces constructions représentant la « création de pays souverain » (OK !) ; dans lesquelles les « nations investissent beaucoup de ressources » (OK !) ; qui se sont développées dans les pays de l’ex-Union soviétique après son effondrement et dans les pays du Golfe persique et d’Asie orientale (OK !) ; qui sont devenues tour à tour des « couloirs glorifiés » (je ne sais pas ce que ça veut dire mais ça sonne bien), des « palais néoclassiques » (pas la BAC), des « édifices modernes et fonctionnels » (et froids : la BAC), et finalement des objets aux formes exubérantes (OK !).

3 minutes après (voire moins) me voilà perplexe, mais toujours aussi curieux je me dirige vers l’accueil où deux dames agréables (mais pas plus) m’indiquent, après que je leur ai demandé où était l’exposition, que tout ce qu’il y avait à voir était sur le mur que je venais de parcourir et sur un autre mur en entrant à gauche. Première douche froide donc. Je me dirige d’un pas alerte vers le second mur pour y découvrir un alignement de photos assez médiocres dans des cadres rouges d’un goût douteux. Aucune mise en valeur, aucune originalité, aucune élégance… rien que des images (sur lesquelles on retrouve d’ailleurs deux ou trois photos de bibliothèques en formats réduits) accrochées à un mur jaunâtre. Deuxième douche froide.

Comme je suis d’une nature tenace, je retourne au premier mur pour voir si je n’étais pas passé à côté de quelque chose, une perle, un bijou, une analyse, une image, en bref quelque chose d’intéressant. Rien ! Ce n’est qu’ne me retournant que je découvre des reproductions miniatures toutes blanches de quelques bibliothèques nationales au centre du hall (les dames de l’accueil, qui est juste en face, n’avaient pas dû les voir !). La National Library of New Zealand y côtoie une demi Bibliothèque nationale de France, la Library of Congress étatsunienne (dont la beauté architecturale n’est pas du tout rendue par la miniature), et d’autres encore, sans qu’on comprenne vraiment l’intérêt de cette suite fade de reproduction blanche posées sur un socle noir lui-même posé sur un sol blanc. Là encore aucun goût, aucune mis en scène aucun intérêt. Troisième douche froide.

Faisons court : une exposition sans relief, sans intérêt, mal présentée, qui ne manquera pas à grand monde après le 5 mai.

Dommage parce que le sujet aurait pu être passionnant. Des photos plus larges, de meilleure qualité, mieux arrangées auraient pu donner une idée de la beauté et de l’originalité des édifices ou de la richesse de leurs collections. Un historique de chaque bibliothèque avec une explication sur les motivations politiques qui ont présidées à leur construction aurait éclairé le spectateur sur le lien entre souveraineté et rayonnement culturel. Eventuellement des documents audio ou vidéo présentant les bâtiments et leur genèse avec des commentaires et des analyses, voire de comparaisons, auraient permis de saisir l’importance de ces icônes du savoir pour chaque pays concerné.

On le voit le potentiel était là. Si l’intention est bonne, la réalisation est clairement loupée. Harvard n’est plus ce qu’elle était !


Exposition Icônes du savoir : Architecture et symbolisme des bibliothèques nationales
Bibliothèque et Archives Canada
395, rue Wellington, Ottawa

Du 22 septembre 2016 au 5 mai 2017
Entrée gratuite (on comprend pourquoi !)