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The Ghomeshi Effect, un débat à coeur ouvert

By Cindy Savard on January 25, 2017

Par Livia Belcea

Comme beaucoup de gens l’année dernière, j’ai suivi le procès de Jian Ghomeshi. Puisque je demeure à Ottawa, j’ai senti que la proximité des faits m’attirait aux discussions et aux débats. Étant femme, cela a également joué un rôle dans mon intérêt envers le procès et envers la discussion qui portait sur la façon dont la violence envers les femmes est traitée au Canada, tant sur le plan social que légal.

En plus des histoires vécues qui ont fait surface, des statiques alarmantes se sont fait connaitre. Par exemple, une sur quatre de mes amies sera violée; une réalité déchirante. La discussion était animée, autant en ligne qu’en personne et je me souviens de nombreux débats entre amis. Il s’agissait de débats parce que nous avions tant d’idées à échanger et quand le verdict a acquitté Jian Gomeshi des accusations portées contre lui, nous nous sommes tous retrouvés avec encore plus de questions.

Je ne le savais pas à ce moment-là, mais le procès de Ghomeshi eut un impact significatif sur ma perspective en ce qui concerne la violence envers les femmes et sur les limites personnelles en particulier. À l’époque, je me sentais en sécurité et respectée dans ma relation mais ce que je ressentais réellement était un sentiment de privilège. Il est facile d’oublier ou de ne pas comprendre à quoi ressemble l’abus lorsqu’on n’est pas soi-même confronté à une situation de vulnérabilité ou même, en train de vivre un abus.

C’est devenu évident pour moi et j’ai entamé une introspection par rapport aux interactions que j’ai vécues dans mon adolescence, en tant que jeune adulte et finalement maintenant, si près de ma trentaine. À travers de nombreux souvenirs fracturés, j’ai trouvé une nouvelle perspective et une nouvelle compréhension de certains des événements qui ont eu lieu dans ma vie. Cela m’a donné confiance dans la façon dont je naviguerais les nouvelles dynamiques que je vivrais en tant que femme et avec moi-même, si je devrais défendre mes limites à un moment donné.

Je dois remercier la montée de l’activisme féministe pour ma prise de conscience que j’ai vécue l’année dernière. Le débat a inondé les médias, nos dialogues et s’est répercuté sur la lutte pour mettre fin à la violence envers les femmes et à sensibiliser les gens par rapport au consentement. Voila ce qu’est l’effet Ghomeshi.

The Gomeshi Effect au théâtre

La pièce de théâtre The Ghomeshi Effect a été créée et dirigée par Jessica Ruano. Elle n’a rien à voir avec le procès de Ghomeshi, mais plutôt avec ses répercussions et avec la vague d’individus qui ont partagé leurs histoires de viol et la façon dont le système judiciaire les a laissés tomber.

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La pièce est parlée autant qu’elle est interprétée par des mouvements de danse contemporaine. Six acteurs et actrices racontent les histoires de 40 survivants d’agression sexuelle ; des travailleurs sociaux, avocats et autres victimes dont la violence envers les femmes a eu un impact sur leur vie et ce, à travers une interprétation verbatim de leurs expériences qui se mêlent aussi à la danse. Ces individus étaient complètement anonymes, seuls les mots des victimes ont été utilisés.

Mais par pure émotion et compassion humaine, The Ghomeshi Effect raconte les histoires les plus privées et les moments plus vulnérables qui se cachent au fond du cœur d’un(e) survivant(e), et cela avec grâce, puissance et respect. Seuls, les mots et le mouvement ne transmettraient qu’une partie de l’histoire, mais la chorégraphie fantastique d’Amelia Griffin a soulevé l’expérience à un endroit qui vous force de ressentir, de sympathiser et de comprendre l’émotion qui est illustrée. Par exemple, le mouvement pour le viol est interprété par deux mains agrippant la poitrine, l’une au-dessus de l’autre, imitant quelque chose étant arraché de la cage thoracique dans une poignée violente vers l’avant. Ce mouvement était viscéral, tranchant et violent et l’image était claire: le viol vole quelque chose chez la victime.

La foule au théâtre Gladstone était agréablement diversifiée, chose différente de ce que je suis habituée à voir dans les autres productions théâtrales qui sont affichées sur cette scène.  L’introduction au Ghomeshi Effect s’est faite avec une multitude de statistiques étonnantes et de définitions. C’était essentiel pour comprendre la gravité de la situation et l’implication du système judiciaire en relation avec son échec envers les victimes.

Gomeshi EffectThe Ghomeshi Effect raconte les histoires de nombreux(ses) survivant(e)s qui ne croient plus ou ne font plus confiance au système et qui ont souffert plus de douleur aux mains du système judiciaire que par le viol lui-même. Un récit fragmenté de plusieurs histoires a reconstitué un scénario cohésif. J’ai cru que cela était très approprié, car cela démontrait que malgré la situation unique de chaque survivant(e), toutes les victimes de violence sexuelle partagent des séquelles similaires.

La couleur violet a souvent été utilisée pour représenter la lutte pour mettre fin à la violence envers les femmes et tout au long de la pièce, une teinte violette ses répandue par dessus la scène. Seulement à la fin, quand une des actrices a parlé de la guérison et de son effort pour continuer à aller de l’avant, l’éclairage s’est transformé du violet vers le jaune, une couleur qui symbolise une nouvelle aube, un nouveau départ et une chance au bonheur. L’éclairagiste Benoît Brunet-Poirier a très bien manipulé la lumière, la noirceur et la couleur, afin de mettre en valeur les émotions représentées.

Après la pièce, je suis resté pour une discussion. Il eu de très bonnes questions posées et ce qui m’a frappé le plus a été la reconnaissance du public à pouvoir faire partie de cette discussion, le tout dans un forum ouvert. Nous étions tous reconnaissants de pouvoir discuter du viol et de ses séquelles, sans jugement ni stigmatisation et nous nous sentions redevables envers les voix qui ont été données aux survivant(e)s.


The Ghomeshi Effect est en affiche au théâtre Gladstone du 19 au 28 janvier et au Centre des Arts Shenkman le 2 février. La pièce est jouée en anglais, avec quelques paroles en français.