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Photo : Regina Brocke

Danse contemporaine : Le ballet moderne ensoleillé d’Eric Gauthier

By Sous-Soll 819 on March 9, 2017

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Par Myriam Bourdeau-Potvin

Le montréalais d’origine Éric Gauthier sera de retour dans la capitale de son pays natal le samedi 11 mars au Centre national des Arts pour y présenter cinq extraits de chorégraphies contemporaines. Dansé par la troupe de la compagnie qu’il a lui-même fondée en 2007, le spectacle promet d’être digne de la réputation avant-gardiste du chorégraphe.

Jeune prodige

« Jusqu’à l’âge de neuf ans, je voulais être joueur de hockey. J’étais gardien de but dans la petite ligue. Ensuite, j’ai vu le théâtre musical Cats; à la fin du show, j’ai dit à ma mère “c’est ce que je veux faire”. »

Photo : Marks Richter

Photo : Marks Richter

Suite aux encouragements de sa mère qui l’a poussé vers la danse suite à cette déclaration, le jeune danseur a fait ses débuts aux Grands Ballets Canadiens, il a poursuivi son rêve à Toronto et a fini par s’expatrier en Allemagne. Il a ensuite fondé la Dance Company Theaterhaus Stuttgart, qui a lancé sa carrière de chorégraphe sur le plan international. « J’avais pensé commencer avec la chorégraphie, mais je voulais me laisser du temps. Je dansais beaucoup et je suis musicien aussi, je jouais dans un groupe. Je m’étais dit qu’à travers tout ça, je n’avais pas besoin de commencer un autre projet. »

À ce moment à Stuttgart, le ballet classique prenait beaucoup de place. Gauthier explique qu’il « voulait fonder une compagnie pour montrer un autre côté de la danse, la danse plus moderne. Je voulais vraiment ouvrir les yeux des gens un peu : j’ai été pigé dans les éléments de la danse moderne qui ne sont pas typiques. »  En montrant ce qu’il appel le sunny side de la danse moderne, Gauthier cherchait à s’écarter des mouvements trop abondants, de l’ambiance plutôt sombre et de l’incompréhension trop souvent généralisée associée à la danse moderne. Il mise plutôt sur des éclairages agréables, des histoires et des thèmes qui sont près de la vie des gens. Une sorte de conte de fée qui correspond à la mission de l’artiste :

« Quand les gens viennent au théâtre, ils veulent se sauver de leur vie quotidienne. Ils ne sont pas nécessairement au théâtre pour voir de la torture. C’est ma job, de donner de la joie aux gens à travers la danse »

Pas juste une compagnie de renommée internationale

La Dance Company Theaterhaus Stuttgart fête son dixième anniversaire cette année et ses chorégraphies sont dansées non seulement en Europe mais aussi en Russie, en Australie et un peu partout à la surface du globe. Le chorégraphe a toujours le rêve de présenter à New York, mais ne reste toutefois pas inactif en attendant de voir ce fantasme se réaliser.

Il œuvre également dans le domaine sociétaire en fondant Gauthier Dance Mobile, un programme d’éducation qui vise  « les gens qui ne peuvent vraiment pas venir au théâtre. On parle des gens dans les maisons de personnes âgées, des enfants malades, avec le cancer, ou des gens handicapé mentalement ou physiquement. On va les voir dans leur maison et on construit une belle petite scène, puis on présente un show d’environ 45 minutes. » Comme l’explique si bien le chorégraphe, « un jour, on joue dans un théâtre de 1000 places et le lendemain on danse dans un hôpital pour des enfants qui ont le cancer. »

Il a aussi passé trois ans à monter de toutes pièces le COLOURS International Dance Festival, présenté pour la première fois en 2015. Ce grand rêve au budget de deux millions d’euros verra sa deuxième édition se réaliser cet été.

Ballet version 2.0

Ce samedi le CNA propose des extraits des chorégraphies Now and Now, Pacopepepluto, Streams et Cantata, en plus d’une version mise à jour de son Ballet 101 qui a fait la renommée de Gauthier. « La pièce que j’amène au CNA qui est la mienne ridiculise la danse classique. » Gauthier présente le concept :

« le solo 101 que j’ai vendu dans le monde entier [débute] avec un gars qui pleure sur la scène et il n’y a pas de musique. C’est seulement ma voix qui parle avec le danseur et je lui demande de nous montrer les 100 positions de la danse classiques. Toutes ces positions sont prises des ballets connus : il y a la position de Roméo, celle du Prince du Lac des fées, [etc…] Pour la deuxième moitié du solo, les numéros sont donnés dans un autre ordre. On passe de douze à quatre-vingts neuf, quatre-vingt quatorze, à seize, à un, un, un, un, trois, trois, trois, trois… et ça construit un ballet devant les gens »

Cette version 2.0 issue aussi du géni derrière le Dance Company Theaterhaus Stuttgart offre le « même concept mais avec les 102 positions de la danse classique du pas de deux ». Il faut comprendre que toutes les chorégraphies de Gauthier se veulent accessibles.

« Quand tu regardes une grosse production de ballet classique, tout est tellement beau et parfait sur scène qu’on a l’impression de regarder un grand aquarium – il y a une vitre entre le spectateur et les danseurs. Je ne voulais pas qu’il y ait que de beaux poissons exotiques qui dansent : je voulais que le monde se sentent presque sur la scène », explique le chorégraphe. « Ceux qui viennent au show se sentent proche de ces danseurs-là. Je pense que ma mission et ma vision sont bien transportées par les danseurs : on voit le monde de la même façon »

593_467 Gauthier Cantata - photo cred Regina Brocke

Malgré tout, Gauthier reste très modeste dans la présentation de sa personne et admet vouloir être un homme de famille avant tout :

« L’étape qui est la plus difficile, c’est vraiment d’être un bon mari et un bon père pour mes trois enfants, qui sont les plus beaux cadeaux du monde. » Il se fixe aussi un objectif, un idéal à atteindre qui ferait en sorte « que la danse moderne soit accessible à tout le monde »

Et lorsqu’on lui demande comment il a réussi à se rendre où il est rendu à se jour, il répond simplement « je pense que j’en suis encore à ma montée ».


Gauthier Danse // Dance Company Theaterhaus Stuttgart présentera son répertoire à la salle Southam du CNA le 11 mars à 20 h.